BIOGRAPHIE: Grégoire Solotareff
in. GRODECOP (groupe romand et tessinois
des centres de documentation, dossier
pédagogique)
Grégoire Solotareff est l'un des auteur-illustrateur les plus populaires de cette fin de siècle dans le domaine de la littérature de jeunesse. Ses livres ne remontent pourtant qu'à 1985. Dix ans plus tard, le marché de l'édition propose quelque 150 livres répartis chez Hatier, Gallimard et à L'école des loisirs, où ses oeuvres majeures sont éditées.
Les premières années, les études
Grégoire Solotareff est né en 1953 à
Alexandrie, en Egypte. Son père, Henri El-Kayem, est
médecin d'origine libanaise et sa mère, Olga
Solotareff, peintre et illustratrice d'origine russe.
En 1956, la prise de pouvoir en Egypte les fait quitter ce pays, pour
se rendre au Liban. Là encore, ils fuient le pays dès
les premiers troubles à Beyrouth. Pourtant, malgré ses
exodes successifs, Grégoire Solotareff n'a pas senti de
déracinement.
Avec un nom francisé, Lecaye, les Solotareff se rendent en
France où le père a noué des relations dans les
milieux littéraires pendant ses études de
médecine. C'est en Bretagne où ils s'installent pendant
une année et demie, que se crée le véritable
enracinement. Entre 7 et 8 ans et demi, il passe son temps, avec ses
frère et sœurs, à imaginer des histoires, à
les dessiner, les coller pour en faire des livres, Il ne
fréquente pas l'école officielle et garde de
magnifiques souvenirs de ces années-là. La famille
Lecaye quitte ensuite la Bretagne pour s'établir à
Paris.
A l'âge des études, il choisit de devenir médecin, car son père lui a transmis le goût de la médecine. Mais après cinq ans de pratique professionnelle, il se remet à dessiner.
Ses débuts littéraires
Quand on lui demande pourquoi il a quitté le monde de la
médecine, il répond : Pour faire une chose
géniale! II se dirige alors vers le dessin et
l'écriture.Ses premiers dessins, il les réalise
à la demande de son fils qui réclame des images aux
histoires qu'il lui raconte. Le ton est donné... cela
n'arrêtera plus!
Sa rencontre avec Alain Le Saux, en 1985, est déterminante. Il encourage Solotareff à dessiner le plus simplement possible et lui permet de s'affirmer. Il est en quelque sorte son "directeur artistique".
Paraîtront alors, sous le nom de jeune fille de sa mère, les petits livres de la collection Caribou Hibou et les aventures de Théo et Balthazar où Grégoire Solotareff rend un hommage appuyé aux "Babar" (de Jean de Brunoff) de son enfance.
Un livre, c'est...
Un livre pour enfant doit être une boîte où
chaque enfant y trouve son compte.
C'est une suite chronologique, dynamique d'une page à l'autre,
qui fait qu'un livre tient le coup. Il est plus important qu'il y ait
une dynamique de l'histoire qu'une grande qualité du dessin.
Grégoire Solotareff rajoute encore que pour être
auteur-illustrateur, il faut: se sentir un peu enfant et se sentir
public de ce que l'on écrit..
Ses premiers livres
Un premier tournant s'amorce avec Monsieur l'Ogre
(héros de trois livres), où il règle ses comptes
avec les hôpitaux (ce thème se retrouve encore dans
Docteur Piqûre). On est en face de sujets
stéréotypés: un ogre dévoreur qui est
vaincu par des adversaires chétifs et sympathiques. Dans le
livre, la laideur fait rire les enfants, ils ne la rejettent pas, ce
n 'est pas quelque chose de tabou pour eux, ni de méchant.
L'audace contestataire sera beaucoup plus grande dans Ne m'appelez plus jamais mon petit lapin. Antihéros type, le "petit lapin" pourrait représenter n'importe quel enfant dans la vie, luttant pour sa reconnaissance, son identité, sa liberté... Grégoire Solotareff nous montre le décalage des enfants face à l'incompréhension du monde adulte.
Les contes classiques:
Quand il était petit, Grégoire Solotareff lisait
tous les contes de fée, les "contes classiques". Mais, il est
frustré de la réalité. Dans ces contes, tout a
la même valeur, les choses importantes, comme les
légères. Ces contes sont beaucoup moins
émouvants qu'une petite chose, une anecdote, une histoire de
la réalité de quelqu'un. II a besoin que quelque chose
prenne corps, quelque chose d'existant, de palpable, de vrai.
C'est pourquoi, il revisite certains contes classiques, dans un style
bien à lui.
Nadja
Née en 1955, Nadja, est la sœur de Grégoire.
Elle publie aussi des livres pour les enfants, tout comme sa
mère Olga Lecaye. Elle a illustré certains albums de
son frère (Barbe Rose, Le Petit Chaperon vert, Le
Père Noël et son jumeau...). Leur complicité
est très vieille. Depuis l'enfance, ils créent des
livres ensemble. Elle a un trait beaucoup plus rapide, très
vif II écrit et elle fait ce qu'elle veut des textes.
Le dessin: sa technique de peinture évolue...
Au début, la technique employée consistait à
faire de petits dessins, à les agrandir à la
photocopieuse puis à rajouter les couleurs (Gentil-Jean),
Ne m'appelez plus jamais mon petit lapin...). Avec Loulou,
il y a un tournant esthétique. II y abandonne les fonds
blancs, les photocopies et découvre une palette beaucoup plus
violente avec de grands aplats cernés de noir. C'est une
évolution pour Grégoire Solotareff, un moyen
d'acquérir plus de liberté : il élimine ce qui
est superflu. Avec Mathieu, il délaisse les encres
(utilisées dans Loulou) et emploie la "matière":
l'acrylique, la gouache. Sa peinture est de plus en plus
épaisse, flamboyante, contrastée. Une peinture de plus
en plus épurée, sans complexe, qui rend l'ensemble
encore plus incisif.
II y a aussi l'emploi de la double page, car pour l'enfant c'est un
centre d'intérêt: c'est une page et pas celle d'à
côté. Et un livre pour enfant, c'est d'abord un livre
d'images.
Les couleurs
Grégoire Solotareff s'inspire beaucoup de la Bretagne pour
la force des couleurs
du ciel, de la terre, de la mer (voir Le diable des rochers).
Pour les représenter, ilutilise:
o le jaune: le soleil, c'est la valeur claire d'une page
o le bleu: c'est le contraire, c'est la valeur sombre; ou la valeur
claire quand c'est la mer, le ciel
o le rouge: les fruits, le feu, la vie
Il s'impose d'utiliser des couleurs violentes, accrocheuses. C'est
son désir d'offrir des couleurs franches; les enfants y sont
beaucoup plus sensibles, ce sont les couleurs qu'ils
préfèrent...
Les textes dans une page:
Grégoire Solotareff réserve toujours une place de
choix pour l'écriture des textes. Chaque texte a sa place. II
prévoit une plage pour l'introduction composée d'une
valeur claire ou d'une valeur sombre, mais les deux ne doivent pas se
chevaucher.
Thèmes:
Dans Mathieu, on découvre un être solitaire.
Dans la vie, chacun doit se débrouiller, on naît seul,
on grandit et on meurt seul. Voici le thème essentiel de
Solotareff qu'il décrit ainsi : La solitude la plus absolue,
c'est la dictature, le pouvoir. Et c'est le rêve de chaque
enfant d'avoir ce pouvoir et de passer à l'étape du
dessus.
Et pourtant, les relations humaines, les histoires d'amitié,
pleines de douleurs et de douceurs, les enfants solitaires et
magiciens qui défient le monde des adultes sont des sujets
souvent abordés. Grégoire Solotareff prend aussi
plaisir à choquer le lecteur en provoquant des rencontres
contre nature, par exemple : un lapin et un loup.
Chaque album reste une invitation à la réflexion...
Ce sont les gens qui m'intéressent. Leur caractère
visible, et puis celui qu'on découvre et qui est toujours
différent.
Le plus important...
La chose la plus importante, c'est de se faire plaisir. Faire
plaisir aux enfants, cela doit être complètement
insouciant. Le plaisir se transmet normalement et de façon
évidente.
Ses références:
II y en a trop pour les citer! Notons tout de même:
"Babar", Ungerer, "Les Fables de La Fontaine" (Solotareff dessine les
hommes à travers les animaux), Matisse, Vincent Van Gogh (voir
Mathieu, la dernière illustration) etc...
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